Bollaert affichera complet. Quarante mille spectateurs, et parmi eux, les ultras qui s'apprêtent à enflammer les tribunes. Au sens propre ? « Franchement, cela m'étonnerait qu'il y ait des échauffourées. Depuis 2003, il ne s'est plus rien passé », explique un supporteur lensois membre des Red Tigers. « Il n'y aura aucun incident », affirme de son côté « Fred », 26 ans, le président des DVE (Dogues Virage Est), les plus virulents parmi les fans lillois.
Le derby des tribunes se disputerait donc désormais sous le signe de l'amitié ? On n'ira pas jusque-là, mais les événements dramatiques du 23 novembre dernier, au cours desquels un supporteur surexcité du PSG fut abattu aux abords du Parc des Princes par un policier en civil, pourraient pousser les ultras lillois et lensois à déployer une banderole commune : « Supporter n'est pas un crime ». Les groupes doivent encore entrer en contact aujourd'hui pour finaliser l'idée.
« Nous avons franchement l'impression que les supporteurs ultras sont catalogués comme des hooligans » déplore « Fred », le Lillois. Un fidèle de la tribune Marek, celle où se regroupent les choeurs de Bollaert, a aussi son avis sur la question : « Mieux vaut éviter de se faire prendre avec un fumigène, sinon bonjour les ennuis. La législation est de plus en plus dure avec nous. Pour Thiriez, le président de la LFP, qui est de mèche avec Sarkozy, l'idéal serait de n'avoir qu'un public familial, plus spectateur que supporteur, et bien sûr consommateur. »
Combat identitaire
Arnaud, 24 ans, membre actif des Red Tigers de Lens, n'est toutefois pas surpris que les fans ne soient pas bien compris par le reste du public : « On vit notre passion à l'extrême, je comprends donc tout à fait qu'on puisse passer pour des fous. Notre truc, c'est un savant mélange de folklore et d'adrénaline. » Finalement, entre les kops des deux camps, le combat identitaire est le même, seule la couleur change. Une différence qui sera forcément exacerbée samedi.
Mais tandis que « Fred », des DVE, se félicite de voir un duel entre deux clubs bien classés, Arnaud, le Lensois, aurait préféré que le LOSC se débatte en bas de tableau. « On ne souhaite qu'une chose, c'est que Lille se casse la gueule. Nous avons perdu 4-0 au match aller, c'est la pire chose qui pouvait nous arriver. Les joueurs de Lille, je ne les connais même pas. Je regarde juste leurs résultats et je me dis “chic, ils ont perdu”.
» Dans le match des tribunes, on a déjà anticipé le coup d'envoi.
